Accident du train Paris-Cahors / « J'ai eu de la chance ! »
L'ingénieur sparnacien a préféré reprendre le travail tout de suite. Un Sparnacien était dans le train Paris-Cahors qui a déraillé vendredi et qui a fait treize blessés, dont un dans un état critique. Récit.
« ET dire que je voulais changer de place à cause du soleil. Quand j'ai vu que ça ne changeait rien pour moi, je suis resté là où j'étais. J'ai eu de la chance : si j'avais changé de côté... »
S'il avait changé de côté, peut-être ne serait-il plus là pour raconter. Ingénieur sparnacien de 40 ans, Régis Petitpas se trouvait dans le train Corail Paris-Cahors qui, à proximité de Limoges, a déraillé vendredi vers 20 h 45 après avoir heurté une remorque chargée de foin, accidentellement tombée sur la voie. L'accident a fait treize blessés, dont un homme de 42 ans dont le pronostic vital est toujours engagé.
Cet axe-là, Régis l'emprunte toutes les semaines. Il était dans la voiture 17, celui qui a le plus souffert. Il raconte : « J'étais en train de travailler sur mon ordinateur portable. J'étais assis de dos par rapport au sens de marche. Soudain, il y a eu un choc. Ça s'est mis à pétarader de partout. Le bruit était énorme... »
« J'ai mis mes mains sur la tête »
Le bruit, c'est la loco frottant l'engin agricole à 110 kilomètres heures contre la paroi rocheuse. Le freinage est brutal : « J'étais plaqué au siège. Et puis les vitres se sont mises à éclater de partout... Je me suis couché, j'ai mis mes mains sur la tête, j'ai serré les jambes. On croit que ça va vite, mais ça dure longtemps. Le train a bien mis plusieurs centaines de mètres pour s'arrêter... On était secoué, dans tous les sens. Il y avait comme du gîte ».
S'il est autant secoué, c'est qu'il se trouve dans une des deux seules voitures qui viennent à ce moment de dérailler. Enfin le train s'immobilise : « La voiture était remplie de poussière. Je ne voyais pas à plus de cinquante centimètres devant moi. Bizarrement, la première chose que j'ai faite,
c'est de ranger mon ordinateur dans sa valise pour le mettre dans le compartiment à bagage au-dessus de la tête ! Et puis alors je me suis retourné. J'ai vu une femme de 20/25 ans, qui saignait aux pieds et à une épaule. J'ai essayé de la soigner un peu en la tamponnant... elle avait une plaie bien ouverte. »
Ouvert comme une boîte de conserve
Et Régis voit surtout cet homme qui ne bouge plus : « C'est celui qui est toujours entre la vie et la mort ».
Le spectacle est désolant. Un des essieux de la remorque a éventré la première voiture. Le train est ouvert côté gauche « comme une boîte de conserve » dans le sens de longueur : « On voyait dehors. C'était le vide ! » Les premiers secours commencent à s'organiser : « Dans un haut-parleur, quelqu'un a demandé s'il y avait des médecins, des infirmières ou des aides-soignantes pour se rendre dans la voiture 17. Peu de temps après, on a vu arriver du monde pour commencer à s'occuper des gens blessés ».
Régis est indemne. Il descend alors du Corail éventré. Un de ses premiers réflexes est de prévenir Maryse, sa compagne, pour la rassurer. Comme d'autres voyageurs, il souhaite ensuite partir, « mais le commandement des pompiers nous a dit non, qu'il fallait que tout le monde soit recensé. On nous a ensuite proposé une aide psychologique. J'ai préféré rentrer par les bus qui arrivaient pour venir nous chercher ».
Aujourd'hui, celui qui partage son temps entre Brive et Épernay n'a pas souhaité une coupure professionnelle : « J'ai repris le train tout de suite pour aller travailler. Je me suis dit que c'était la meilleure façon de réagir, parce que sinon, les images reviennent vite. Les images et surtout le bruit dans la tête. Ce bruit, c'était terrible ! ». Aujourd'hui, le Sparnacien n'a qu'un souhait : que l'homme qu'il a vu à terre, inanimé, puisse un jour s'en sortir...